Top
Facebook Twitter Contact

Taxe carbone et justice sociale

Le 10 juillet 2009 par · Donner son avis 

ValinkeoL’édito d’Alexis du Fontenioux du blog Valinkeo

Le débat sur la taxe carbone est donc lancé. Le mérite en revient incontestablement à Nicolas Hulot et à ses complices qui ont su porter un sujet dont les principes ont été testés dans d’autres pays (Suède et Danemark notamment).

Le débat est posé et déjà les gens s’inquiètent. Les discussions s’articulent aujourd’hui autour de l’acceptabilité sociale d’une mesure perçue comme une pression fiscale supplémentaire. Selon Daniel Ruiz, «Le pari écologique ne peut se gagner en pénalisant les familles les plus modestes». L’association UFC-Que choisir n’en démord pas et s’oppose « fermement aux projets de taxe carbone qui vise à accroître le prix du carburant pour essayer de diminuer la consommation».

La concentration de CO2 dans la basse atmosphère doit être gérée, contrôlée et diminuée dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique. Ainsi, Il en va des émissions de CO2 comme de la gestion des matières premières, c’est un stock comme un autre.

Hors, il n’y a que deux leviers pour gérer un stock de ressources finies : les prix ou les quotas. Chacune de ces options a ses vices et ses vertus, la gestion par les prix est injuste socialement, la gestion par les quotas est liberticide. Nous employons un « mix » de ces deux leviers : les quotas par l’intermédiaire des PNAQ (Plan National d’ Affectation des Quotas) et aujourd’hui par les prix via la taxe carbone. Si le signal prix a démontré son efficacité (bonus écologique), au final,  les foyers aux revenus les plus modestes se trouveront inévitablement pénalisés pour se déplacer, pour se chauffer, et ce malgré tous les « chèques verts » à l’étude.

Value
Creative Commons License photo credit: Roscoe Van Damme

Plus généralement, la gestion par les prix, c’est-à-dire le marché, de l’ensemble des ressources et des stocks de matières premières est aujourd’hui la règle. Et les injustices sociales sont d’autant plus douloureuses dans les pays les plus pauvres où les besoins en énergie et en produits alimentaires sont une question de survie. La taxe carbone nous permet de donner une réalité à plus petite échelle de ce phénomène.  A l’inverse, un système de gestion de stocks « juste » socialement s’orienterait vers un système de quotas, un retour aux tickets de rationnement en quelque sorte. Si nous refusons l’idée d’une augmentation des prix, sommes-nous davantage prêts à cette seconde option ?

Le développement durable est créateur d’emplois, de nouvelles sources de croissance, de nouvelles perspectives de marchés ; certes. Mais le respect de l’environnement a aussi un coût. Que celui-ci se traduise en termes financiers (les prix) ou en termes de contraintes et de libertés individuelles (les quotas), c’est une réalité qu’il faudra aborder, ce sont des arbitrages qu’il faudra porter en connaissance de cause.

Développement durable, la question du besoin.

Le 11 février 2009 par · Donner son avis 

L’édito d’Alexis du Fontenioux du blog valinkeo

Petit rappel historique, en 1987, la commission mondiale sur l’environnement et le développement publiait le fameux rapport Brundtland et donnait une définition au développement durable : « « Le développement durable est un mode de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». La plupart des débats sur ce concept s’articulent autour de la notion de durabilité. Mais qu’en est-il des besoins ?

Pour ne pas les compromettre, il faudrait être en mesure de définir et d’identifier les « besoins contemporains » et les « besoins futurs ». L’échelle du temps rend ce travail complexe. Une génération correspond à une unité de temps d’environ 25 ans. 1987 – 2009, nous y sommes presque.  En 1987, la Chine en était aux prémices de son ouverture économique, le mur de Berlin était infranchissable, on s’extasiait sur le téléphone sans fil sans douter qu’il deviendrait portable, on vantait les capacités de l’informatique limitées à quelques logiciels de base. Qui en 1987 aurait pu identifier et anticiper les besoins de la génération actuelle et nous ne parlons ici que d’un seul saut de génération !

Berlin 2006 - berliner mauer
Creative Commons License photo credit: flickrjmg

Nous ignorons trop souvent la seconde partie de la définition qui délimite la notion des besoins aux populations les plus démunies. Il ne s’agit pas seulement de garantir les « besoins futurs » des populations riches et développées, mais bien de prendre en compte la satisfaction des besoins élémentaires des populations les plus vulnérables : manger, boire, survivre. L’appropriation du concept du développement durable par les acteurs des pays développés comme un outil politique, économique et social devant permettre de conserver un niveau de vie et de confort préservant ainsi un « mode de vie », est un détournement du concept du développement durable et sa traduction peut relever de l’imposture. Se fixer pour objectif de maintenir son niveau vie et la satisfaction de ses besoins actuels sur plusieurs générations, revient à interdire l’accès au développement de 2/3 de la population mondiale (André Lebeau).

Rappelons ici que si les pays développés commencent à devenir efficaces dans certains objectifs du développement durable (la France a réduit de 2% ses émissions de CO2 en 2007), les objectifs du millénaire (réduction de la pauvreté et de la faim, éducation, accès à l’eau…) sont à ce jour un échec cuisant – aucun de ces objectifs définit dans le cadre l’ONU n’est en voie d’être atteint !

La question ne se poserait donc pas seulement sous la forme : « comment concilier notre mode de vie et celui de nos enfants avec la contrainte environnementale», mais bien dans la définition même de la notion de besoin. En ces temps de crise économique, du pouvoir d’achat et du crédit ; en ces temps où se pose la question de la moralisation du capitalisme – crise de valeurs et crise de sens -  la question mérite d’être posée.

Du traitement des lobbies.

Le 4 février 2009 par · Donner son avis 

L’édito d’ Alexis du Fontenioux du blog valinkeo

Les Lobbies font l’objet d’une réticence, d’une méfiance avérée et véhiculent une image bien dégradée. Nous nous méfions instinctivement de ces « forces obscures ». Cette idée reçue peut être à bien des égards légitime. Le lobbying n’est pourtant ni bon ni mauvais en soi, tout dépend de son caractère, de ses initiateurs et de ses méthodes.

UMP & OGM...
Creative Commons License photo credit: David_Reverchon

A l’occasion du changement de l’administration américaine, un certain nombre de groupes de pression avancent leurs pions, citons deux d’entre eux : le BICEP (Business for Innovative Climate and Energy Policy) et l’US Climate Action Partnership. Ces groupes rassemblent des entreprises comme Nike, Sun Microsystem, Timberland, Levi Strauss, General Electric, BP (on y retrouve même les 3 constructeurs automobiles tant décriés !), leur ambition est de développer une législation plus stricte en matière de politique « climatique » et ils militent pour l’application des grands principes de l’accord de Kyoto. Lire la suite

Consommation responsable – Du ticket de caisse au bulletin de vote

Le 28 janvier 2009 par · Donner son avis 

L’édito d’Alexis du Fontenioux du blog valinkeo

Qui de l’offre ou de la demande détermine l’autre ? Question épineuse à laquelle une réponse tranchée ne saurait être valable.  La dimension politique de l’acte d’achat prend en revanche toute sa mesure à la lumière des enjeux de notre temps. À ce titre, nous sous-estimons probablement le mot pouvoir dans l’expression « pouvoir d’achat ». L’acte d’achat a aujourd’hui une signification plus profonde que la simple expression d’un style ou d’un niveau de vie. C’est l’affirmation de valeurs, de points de vue, d’une ambition sociétale. L’acte d’achat devient la traduction d’un acte politique au sens large du terme, c’est-à-dire de gestion de la cité. Ainsi, lorsque le « pouvoir d’achat » diminue, c’est une part de pouvoir d’orientation et d’influence qui disparaît. Mais qui dit pouvoir, dit responsabilités.

je positive
Creative Commons License photo credit: Ol.v!er [H2vPk] [pKmaO]

D’une longue période d’insouciance, nous sommes passés à une inconscience consumériste dès lors que la connaissance des conséquences sociales et environnementales de nos actes d’achat est avérée. Comme le souligne Bettina Laville, le développement d’un souci (social et environnemental) dans nos actes de consommation détermine une nouvelle conscience de notre pouvoir d’acheteur. Ce nouveau statut nécessite de comprendre ce qu’induit la consommation. L’acte d’achat n’est jamais neutre ni sans impacts, il n’y a pas d’achat totalement vertueux et chaque bénéfice a sa part d’ombre. Il s’agit dès lors de déterminer de nouveaux arbitrages entre la satisfaction d’un besoin, son prix et ses impacts sociaux et environnementaux.

Le bulletin est dans l'urne
Creative Commons License photo credit: JaHoVil

Ces arbitrages nécessitent une éducation du consommateur moderne. Intégrer la définition du Bio, du commerce équitable, avoir des notions de bilan carbone, d’analyse de cycle de vie sont des préalables essentiels pour  éclairer sa propre politique de consommation et utiliser au mieux son « pouvoir » d’achat. Les arbitrages sont nombreux et complexes ; quelles préférences doit-on accorder et quelles échelles de valeurs doit-on appliquer à la solidarité Nord/Sud, à la solidarité Nord/Nord, aux lieux ou aux modes de production, au recyclage ou à la recyclabilité…  En définissant ses arbitrages, le consommateur exprime des priorités. L’acheteur doit faire ses choix en connaissance de cause et déterminer ainsi sa propre définition du bien être individuel et collectif. Le ticket de caisse deviendra alors un bulletin de vote.