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Le 10 juillet 2009 par Alexis du Fontenioux · Donner son avis 

ValinkeoL’édito d’Alexis du Fontenioux du blog Valinkeo

Le débat sur la taxe carbone est donc lancé. Le mérite en revient incontestablement à Nicolas Hulot et à ses complices qui ont su porter un sujet dont les principes ont été testés dans d’autres pays (Suède et Danemark notamment).

Le débat est posé et déjà les gens s’inquiètent. Les discussions s’articulent aujourd’hui autour de l’acceptabilité sociale d’une mesure perçue comme une pression fiscale supplémentaire. Selon Daniel Ruiz, «Le pari écologique ne peut se gagner en pénalisant les familles les plus modestes». L’association UFC-Que choisir n’en démord pas et s’oppose « fermement aux projets de taxe carbone qui vise à accroître le prix du carburant pour essayer de diminuer la consommation».

La concentration de CO2 dans la basse atmosphère doit être gérée, contrôlée et diminuée dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique. Ainsi, Il en va des émissions de CO2 comme de la gestion des matières premières, c’est un stock comme un autre.

Hors, il n’y a que deux leviers pour gérer un stock de ressources finies : les prix ou les quotas. Chacune de ces options a ses vices et ses vertus, la gestion par les prix est injuste socialement, la gestion par les quotas est liberticide. Nous employons un « mix » de ces deux leviers : les quotas par l’intermédiaire des PNAQ (Plan National d’ Affectation des Quotas) et aujourd’hui par les prix via la taxe carbone. Si le signal prix a démontré son efficacité (bonus écologique), au final,  les foyers aux revenus les plus modestes se trouveront inévitablement pénalisés pour se déplacer, pour se chauffer, et ce malgré tous les « chèques verts » à l’étude.

Value
Creative Commons License photo credit: Roscoe Van Damme

Plus généralement, la gestion par les prix, c’est-à-dire le marché, de l’ensemble des ressources et des stocks de matières premières est aujourd’hui la règle. Et les injustices sociales sont d’autant plus douloureuses dans les pays les plus pauvres où les besoins en énergie et en produits alimentaires sont une question de survie. La taxe carbone nous permet de donner une réalité à plus petite échelle de ce phénomène.  A l’inverse, un système de gestion de stocks « juste » socialement s’orienterait vers un système de quotas, un retour aux tickets de rationnement en quelque sorte. Si nous refusons l’idée d’une augmentation des prix, sommes-nous davantage prêts à cette seconde option ?

Le développement durable est créateur d’emplois, de nouvelles sources de croissance, de nouvelles perspectives de marchés ; certes. Mais le respect de l’environnement a aussi un coût. Que celui-ci se traduise en termes financiers (les prix) ou en termes de contraintes et de libertés individuelles (les quotas), c’est une réalité qu’il faudra aborder, ce sont des arbitrages qu’il faudra porter en connaissance de cause.

Le 3 juillet 2009 par Alexis du Fontenioux · Donner son avis 

L’édito d’Alexis du Fontenioux du blog Valinkeo

On le sait, le développement durable est un catalyseur des contradictions, un révélateur d’intérêts divergents qui rend la décision publique difficile car les parties prenantes affichent des attentes difficilement conciliables. Alors comment agir,  comment faire pour trouver un terrain d’entente et un compromis sur les actions à mener ?

Si nous demandons à la communauté des pêcheurs et aux associations de protection de la ressource halieutique de se réunir en huit clos et de trouver des solutions pour régler le problème de la surpêche aujourd’hui, il y a fort à parier qu’après plusieurs nuits blanches le résultat sera tiède et ne satisfera complètement aucune des parties. L’un voudra protéger ses ressources, l’autre la ressource. Il en est de même pour l’alimentaire (pro et anti OGM), pour l’énergie, le transport, etc. Si de surcroît on considère ces violents antagonismes au niveau mondial et si on l’agrémente d’un volet social conséquent, on comprend mieux les armées de négociateurs mobilisés par les différentes délégations internationales.

Arrantzaleen garraioa (Bermeo)
Creative Commons License photo credit: Barrenetxea (Argazkiak | Fotografías | Photos)

Les situations actuelles sont le résultat de décisions prises hier. Les décisions prises aujourd’hui verront leurs conséquences s’appliquer demain, dans un contexte dont nous ignorons les contours exacts. Pour ce qui est des problèmes contemporains, la décision du jour aura au mieux une vertu correctrice, mais ne répondra qu’à la marge à la difficulté rencontrée. En revanche, la décision d’aujourd’hui modifie inexorablement le paysage et le système futur. C’est donc bien sur la notion du « demain » qu’il faut réfléchir et trouver la convergence.

Posons donc la question différemment à nos acteurs concernés par la ressource halieutique sans leur demander de trouver des solutions au problème actuel (pourtant crucial). Si nous leur proposons de réfléchir au monde dans lequel ils souhaitent voir évoluer leurs enfants, si nous leur demandons l’effort de se projeter au-delà du problème (insoluble) rencontré, il est possible que la définition d’une vision partagée du futur puisse émerger. Les décisions à prendre pour atteindre ce futur désiré auront plus de chances de trouver des ambassadeurs de bonne volonté. Les parties prenantes, violemment opposées aujourd’hui pourraient même se retrouver et réunir leur force pour convaincre le décideur publique.

Dépasser les intérêts particuliers du jour, définir une vision partagée d’un futur désiré et travailler ensemble sur les moyens à mettre en œuvre pour l’atteindre, prendre les décisions au regard de ce contexte défini comme favorable, s’engager non pas en son propre nom mais au nom des générations futures. Utopie bien sûr, mais avons-nous la possibilité de nous en passer ?

Valinkeo

Le 25 juin 2009 par Alexis du Fontenioux · Donner son avis 

L’édito d’Alexis du Fontenioux du blog Valinkeo

Dans les rapports, les conférences, les interviews, nous entendons les directeurs du développement durable nous exposer leur stratégie. Nous entendons des termes comme «diminution des émissions de GES», «diminution de la consommation d’énergie», «diminution des emballages», etc. Le tout emballé dans des grands principes de durabilité, d’équilibre, de respect, de responsabilité pour un « monde meilleur ». Diminuer de 25% ses émissions de gaz à effet de serre ne constitue pas une stratégie, au mieux il s’agit  d’un objectif qui s’inscrit dans un plan d’action, lui-même issu d’une stratégie. Trop souvent, les moyens sont confondus avec les objectifs et on aimerait davantage entendre parler de stratégie que de tactique !

Paysage quotidien...
Creative Commons License photo credit: sapho_rato

Certes, ces objectifs sont louables et dans la plupart des cas ne peuvent pas faire de mal. Mais l’expression de ces dispositifs correspond au mieux à une adaptation des activités à une législation potentiellement contraignante et à un contexte économique exigeant plus de frugalité. On comprend mieux dès lors la difficulté de déployer le message du développement durable en interne : comment faire adhérer ses équipes à un projet si on en exprime pas l’objectif, la finalité (46 % des français pensent que leur entreprise ne fait rien ou presque pour l’environnement), comment les différents départements pourraient-ils s’approprier des enjeux et suivre un chemin si la ligne d’arrivée n’existe pas ? Audits, plan d’actions et tactiques ne font pas une stratégie.

Il s’agit pour la direction du développement durable de répondre  à la question majeure : « comment garantir la pérennité de mon entreprise et de ses activités face aux incertitudes (ou aux certitudes) pesant sur son environnement écologique, économique et social ?». En d’autres termes, il ne s’agit pas seulement d’analyser les impacts de son activité sur  l’environnement mais aussi (et peut être surtout) de prendre en compte l’impact de l’environnement écologique et social sur son activité. Ceci engage le directeur du développement durable dans une réflexion stratégique profonde, un exercice de projection, de prospective, pour définir « quel sera le contexte futur de mon entreprise ».

La grande idée du développement durable réside dans ce qu’on appelle communément un changement de « paradigme ». Les stratégies de développement durable résident trop souvent dans l’analyse des actions et de leurs conséquences sans prendre en compte les valeurs directrices qui définissent l’action. Or, l’effort doit être principalement porté sur cette valeur directrice pour définir l’action. Lorsqu’un fabricant de pneumatiques de poids lourds passe de la vente de pneumatiques à de la location au kilomètre, il y a changement de modèle économique, changement de paradigme. Lorsqu’un groupe agroalimentaire attribue les primes de ses salariés en considérant au même niveau la performance économique, environnementale et sociale dans ses critères d’évaluation et déclare dans le même temps que le profit n’est plus une fin en soi, il y a changement de paradigme.  Jacques Attali pose le début d’une nouvelle réflexion pouvant mener à la redéfinition de cette valeur directrice : « considérer le profit comme une contrainte et non comme une finalité ». La stratégie du développement durable est l’occasion pour l’entreprise de repenser sur le long terme son canevas stratégique. La contrainte environnementale et sociale (l’impact de l’entreprise et l’impact sur l’entreprise) doit la pousser à innover et procéder à un « reengineering » de son modèle.

Ce qu’on attend des directions du développement durable, ce n’est pas un accompagnement de l’entreprise pour faire « moins mal », ni d’avoir pour objectif l’obtention de bonnes notes auprès d’instituts de notation. L’objectif doit être de dégager une vision stratégique, de piloter le changement. Ce qu’on attend de ces directions, c’est la capacité de se projeter dans un futur incertain, d’innover et de bousculer les habitudes, de sortir des idées reçues et de prendre le risque de créer de nouveaux espaces stratégiques, de bouleverser les valeurs directrices d’une organisation, d’ouvrir les yeux de ses collaborateurs sur un autre avenir possible, sur un « faire  autrement ». La direction du développement durable est amenée à occuper un rôle stratégique déterminant dans l’organisation à condition qu’elle sache convaincre (notamment et en premier lieu la direction générale). L’avenir reste ouvert, la fonction est exceptionnelle, il faut maintenant l’assumer !

Valinkeo

Le 17 juin 2009 par Alexis du Fontenioux · Donner son avis 

L’édito d’Alexis du Fontenioux du blog Valinkeo

Il a fallu l’énergie, la créativité et l’effort de plusieurs générations pour donner une réalité à un objectif herculéen en pays d’Israël : faire fleurir le désert.
Un temps, cet objectif suscita une certaine admiration et on vint chercher en plein Néguev ce qu’on espérait être une solution pour de nombreuses régions arides du globe. Ainsi la volonté humaine devait pouvoir réaliser l’impossible : faire fleurir le désert, transformer la nature ou plutôt en dominer ses contraintes.

Mer Morte

Ceci passait par l’exploitation de toutes les ressources hydriques disponibles, pluies, rivières, fleuves, nappes phréatiques, eaux fossilisées. Il a fallu ensuite limiter au maximum les fuites, pertes et autres évaporations de cette eau si précieuse. Ainsi, nous pouvons voir le long des routes du désert d’étranges tuyaux sortir de terre et qui rappellent en toutes circonstances l’obsession permanente de l’or bleu. Les étranges trottoirs qui longent les routes au Nord de Tibériade couvrent des canaux transportant en toute sécurité l’eau du Jourdain jusque dans les contrées les plus reculées.
Durant un temps, la production agricole du pays dépassa toutes les espérances. Jusqu’au jour où confronté à une population en constante augmentation, population souhaitant conserver son style de vie et donc sa consommation d’eau douce, les ressources disponibles (2 milliards m3) rencontrèrent leur limite d’exploitation. On s’appliqua alors à exploiter de nouvelles « sources ». On pompa dans les eaux fossilisées et au prix d’une démesure d’énergie, on dessala l’eau de la Mer Morte. Cette mer, la plus basse du monde (-400m) continue depuis sa chute, sous l’effet conjugué de la baisse des pluviométries, des ponctions faites sur le Jourdain et du dessalement. (cf. tableau ci-dessous – niveau de la Mer Morte)

Niveau de la Mer Morte

Le cercle vicieux semble être bien en place, augmentation de la population, amélioration de la production agricole, augmentation du niveau de vie, augmentation de la demande  en eau, etc. A ce rythme, cette ressource ne tiendra pas plus d’une décennie, la situation est critique. On songe aujourd’hui à acheminer vers la Mer Morte l’eau de la Mer Rouge et de la Méditerranée ! Le cercle vicieux continue sa ronde…

La situation de stress hydrique en Israël (et ailleurs) génère des inégalités de plus en plus flagrantes et reste porteuse de conflits pour le coup insolubles. Il semble terriblement difficile pour l’espèce humaine d’accepter une quelconque « marche arrière », d’admettre qu’un style et un niveau de vie n’est tout simplement pas tenable. Il en va de même pour nos golfeurs de Palm Spring, Marrakech et Agadir ne sortent pas du triptyque « Palais – hôtel – golf », les pelouses, piscines et casinos de Las Vegas lui font tutoyer les limites d’une catastrophe hydraulique. Il faudra bien un jour faire preuve de sagesse et admettre finalement que parfois la beauté d’un rêve se confronte au cauchemar d’une réalité.

« Sources » , Webographie.
http://www.fao.org/nr/water/
http://exact-me.org/overview/p4144.htm
http://www.mfa.gov.il/MFAFR/MFAArchive/2000_2009/2000/10/Zoom+sur+Israel-+La+mise+en+valeur+de+ressources+e.htm

Le 10 juin 2009 par Alexis du Fontenioux · Donner son avis 

L’édito d’Alexis du Fontenioux du blog Valinkeo

On aura tout vu !
Une fois n’est pas coutume, le score d’une liste électorale -  Europe Ecologie – est salué par (presque) tous ses concurrents. Ainsi, Michel Barnier et Jean Louis Borloo ont pu exprimer leur satisfaction face à l’expression des préoccupations environnementales des citoyens ; le PS et le Modem ont mis en avant les convergences idéologiques qui les lient au mouvement vert. Pour Jean Luc Mélenchon, ce fut l’occasion de rappeler sa proposition de « planification écologique ». Il n’y a guère que le Front National pour pester contre ce score et dénoncer Home, le film « climatiste » (sic)* diffusé la veille du scrutin.

Bien sûr, les déclarations des politiques ne sont jamais dénuées d’arrières pensées. L’UMP ne s’est pas rangée aux arguments de José Bové, mais il faut constater que le score d’Europe Ecologie est finalement bénéfique à (presque) tout le monde. Pour les mouvements de gauche, c’est l’occasion de replacer le discours environnemental de leur côté de l’échiquier politique et de souligner les dimensions sociales du développement durable. Pour la droite au pouvoir, c’est l’occasion de rappeler les efforts entrepris autour du Grenelle de l’environnement et du difficile projet « Plan Energie Climat ».
Et maintenant Copenhague !

Quelle que soit sa propre opinion politique, le succès des listes « Europe Ecologie » et du groupe des verts au parlement européen est avant tout une bonne nouvelle pour l’Europe. Celle-ci amorce une fin d’année difficile avec en ligne de mire la conférence de Copenhague qui doit prendre la suite du protocole de Kyoto en matière de lutte contre les changements climatiques. Les Etats-Unis -  malgré la bonne volonté de Barack Obama – se font attendre sur le sujet, et la Chine – fine négociatrice – est réticente. La crise économique rendra les compromis plus difficiles encore.

Nous l’avons dit ici, la réussite de Copenhague est tout autant, voir plus indispensable que la réussite du dernier G20 de Londres consacré à la crise financière. L’Europe, qui reste à ce jour en pointe sur ses engagements d’émissions de CO2, doit faire la preuve du soutien de ses populations et du consensus de sa classe politique à ses interlocuteurs.

Le succès d’Europe Ecologie et la surprenante bienveillance générale autour de cet évènement est une petite pierre dans l’immense chantier qui nous attend.

* Soulignons ici que le film Home n’est pas un film « climatiste » mais un film environnemental, économique et social, un film sur le développement durable en quelque sorte…