« Le Conflit. L’intello et l’écolo »
Le 23 février 2010 par Redaction ·
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Suite au débat lancé par Elisabeth Badinter sur le féminisme et l’écologie, voici le point de vue d’Alice Audouin, responsable du développement durable de Havas Média France. Retrouvez-la sur son blog « Alice in Warmingland » : www.aliceaudouin-blog.com.
Elisabeth Badinter émet une opinion négative sur l’écologie dans son dernier livre Le conflit. La femme et la mère. et dans les médias. Que cette opinion soit inoffensive ou dangereuse, juste ou erronée…c’est au débat démocratique d’en découdre. Etonnement, il ne démarre pas du côté des intellectuels, qui restent silencieux. Sont-ils d’accord ? Ou bien ne s’intéressent-ils pas à ce sujet-là ? Pour le débat, on doit se contenter pour le moment de la réaction des accusés, les écolos. Des personnalités, essentiellement féminines (cf. NKM, blogs, groupes sur facebook, pétition « vertes de rage »…), démontrent à l’auteur, avec un sens du respect très inégal, son erreur d’appréciation dans le fait que le féminisme puisse régresser avec l’écologie et que l’écologie soit un mouvement lié à un retour au « naturel ». Ces femmes écologistes réagissent fort à propos aux juxtapositions de stéréotypes proposées par E. Badinter comme : féminisme = liberté, écologie = atteinte à la liberté donc écologie = anti féminisme ou encore écologie = retour à la nature, émancipation de la femme = détachement vis-à-vis de la nature, donc écologie = anti féminisme.
L’attitude d’E. Badinter est dans le fond parfaitement banale, dupliquant à l’identique l’attitude de rejet de l’écologie par une bonne partie des intellectuels et journalistes médiatisés français. La liste de leurs critiques ne cesse de grandir. Les vagues de froid de cet hiver ont été immédiatement récupérées comme contre-épreuve du réchauffement climatique (voir la Tribune acerbe de Pascal Bruckner dans Le Monde du13 janvier intitulée «le Réchauffement qui refroidit») Les climatologues et leurs e-mails, Nicolas Hulot et son film, la taxe carbone, le Sommet de Copenhague, Greenpeace à l’Assemblée Nationale, José Bové, ont alimenté de façon régulière leur moquerie. Les 68ards disant « ils nous emmerdent » au sujet des écolos, ont gagné du terrain. Les mises en scène ridicules et caricaturales d’écolos, y compris people, plantés avec grandes bottes dans la boue (car c’est bien connu, boue=nature=ecologie) ou mieux, nus (car c’est bien connu, nu= jardin d’éden=nature=écologie) n’ont jamais autant été diffusées. Claude Allègre, le spécialiste du procès d’intention envers ses concurrents, à été plébiscité comme un grand résistant face à une panique inutilement lancée.
Le silence et plus grave encore, le rire des intellectuels, face à l‘humiliation de la science, les font choir du côté de ceux qu’ils ont sans cesse dénoncés, combattus et cherché à éclairer : ceux qui confondent les croyances et le savoir, le dogme et la science. « La superstition est à la religion ce que l’astrologie est à l’astronomie, la fille très folle d’une mère très sage », la clairvoyance intellectuelle qui a permis de séparer fanatisme et religion au XVIIIème est en chute libre : en matière d’écologie, le dogme vaut pour science. La confusion est à son comble. Comment l’élite en est-elle arrivée à parler de l’écologie qui est une science, une spécialisation de la biologie créée au XIX ème siècle, avec des adjectifs aussi inadaptés que :« dictature », « machos », « ayatollahs», « rétrogrades », « retour à la préhistoire » ? Comment les intellectuels médiatisés sont-ils tombés dans une telle soupe de confusions?
Comment expliquer les pas des intellectuels vers l’obscurantisme alors qu’ils prétendent justement lutter contre l’obscurantisme « vert » ? Plusieurs raisons peuvent aider à comprendre ce chemin vers l’impasse :
-La science, les partis politiques, le militantisme des ONG et le mouvement modéré pour la protection de l’environnement portent tous le même nom, et les plus médiatisés en influencent l’image globale. La sémantique n’opère pas assez une séparation entre la science et le dogme, et le développement durable n’a pas réussi à prendre le relais et sortir l’écologie de ses confusions.
Dans ce grand mélange, les personnalités de l’écologie militante occupent une grande place en termes d’image. La science du même nom est comparativement quasi inconnue (qui peut citer trois noms d’écologues?) Ces acteurs militants, souvent pris par un sentiment d’urgence et par la volonté de trouver des solutions rapides aux problèmes établis, renvoient parfois une image autoritaire, alarmiste ou infantilisante, qui influence ainsi la perception des autres qui sont pourtant bien plus nombreux et représentatifs.
-L’écologie et ses enjeux (réchauffement climatique, chute de la biodiversité…) sont quasi absents des productions artistiques, culturelles et intellectuelles médiatisées, que ce soit les films de fiction, la littérature, l’art contemporain, le théâtre, les essais politiques, philosophiques ou sociologiques, les spectacles comiques, etc. ce qui en empêche la connaissance sensible (la conséquence est ici cause première).
-Le traitement par les médias de l’écologie et ses enjeux se fait par la caricature, l’accentuation de visions alarmistes, le goût du scandale incarné par les « climato-sceptiques », la vedettisation de people verts superficiels, ce qui empêche d’en avoir une image réelle.
-L’écologie et ses enjeux représentent une vexation pour l’homme, le constat de sa capacité de destruction à une échelle non seulement globale mais « après lui », auprès des générations futures, ce qui est une raison anthropologique majeure de rejet.
-Les intellectuels français précis et clairvoyants sur le sujet ne sont pas médiatisés : François Flahaut, Stéphane Lavignotte, Catherine Larrère, etc.
-La climatologie intègre une dimension prédictive, forcément soumise à des aléas liés à des variables non prévisibles (la quantité de steak que vous mangerez dans 20 ans, vous la connaissez ?) ce qui l’affaiblit face à un désir à la fois de certitudes et de suspicion.
-La prédominance culturelle et intellectuelle de l’idée de plaisir et de liberté à un niveau individuel et non collectif et l’histoire tragique d’initiatives « collectivistes » créent une méfiance vis-à-vis d’ enjeux communs pouvant impliquer une résolution commune.
-La difficulté pour chacun à dépasser le sentiment d’acquis (matériels et immatériels) et le réflexe de vouloir les défendre, freine la prise en mains de nouveaux enjeux. Comme si aller vers de nouveaux acquis, de nouvelles réponses, était une menace, consistait laisser la proie pour l’ombre. Comme si faire un pas vers l’inconnu était se diriger vers le danger.
Ces raisons doivent être analysée et prises en mains pour éviter l’issue qui s’annonce : la haine réciproque. Il est grand temps pour les intellectuels, de se rendre que compte que de l’individu qu’ils jugent, ils ne voient que le flanc, et pour les écolos, de montre l’autre flanc.
A lire également sur Néoplanète : Feminisme et écologie : elles sont vertes de rage
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Commentaires
2 commentaires







….. il suffit de faire un tour sur votre site vous vous présentez comme une
NON ECOLOGISTE je vous suggère de rajouter NON FEMINISTE …. l’analyse
d’Elisabeth Badinter va au delà d’une confrontation en duel,d’une opposition aux mouvements écologistes ,,,, encore moins d’un conflit aboutissant à la haine comme vous nous le « prédisez » en fin d’article.
Je suis écologiste et féministe( et mère et oui j’ai allaité mais est ce vraiment le fond du livre d’Elisabeth Badinter…!!!!!!)
je découvre votre magazine et je constate que pour la journée de la femme vos articles et interview ne concernent que la femme maman,la femme et le ménage,la femme et la beauté,la femme et le potager…….
… quand à la femme militante féministe et intellectuelle vous avez choisi de la « descendre »…… tombant dans le piège médiatique provocateur de la sorti promotionnel de son livre …..
…… c’est sûre que d’être invité chez un ministre pour la journée de la femme…..
ça laisse peu de temps à votre magazine…. pour célébrer les 100 ans de luttes et …….de victoires qui ont changer concrètement la vie de toutes les femmes dans les droits acquis par les féministes…. unissant les femmes au delà de leur différences politiques ,économiques et culturelles…. peut être n’est ce pas non plus dans votre culture…. comme vous le dites pour l’écologie????
P.S: pour info aux futurs commentaires ci-joint votre présentation par vous même sur votre site:
Alice Audouin
Spécialiste du développement durable (avec toutes ses limites, mais un mot nouveau devrait pouvoir être investi, éprouvé et enrichi avant d’être jugé…)
Auteur, responsable du developpement durable en entreprise, co-fondatrice d’associations sur le développeemnt durable
Non écologiste (dans le sens où ce n’est pas ma culture initiale, où mon mode de vie a des contradictions et où ce mot est le plus souvent compris de travers).
Chère Joelle,
Merci pour cette pertinence et cette volonté de clarification.
Pour précision : je suis chroniqueuse invitée dans neoplanète (deux articles par numéros), je ne fais pas partie du journal, de son choix éditorial ni du comité de rédaction, je ne pourrais donc pas répondre à votre critique concernant le contenu du magazine, pour ma part l’ensemble des articles que j’y écris ne portent pas sur le ménage, je vous rassure.
Mais pour mon article issu de mon blog, il porte sur un point très précis, que sont les propos d E Badinter, plus dans les médias que dans son livre, sur l’écologie, c’est une simple réponse à ce que je pense être une erreur de jugement d’une femme par ailleurs très brillante. Mon propos ne touchait absolument pas à la question du féminisme mais aux attaques contre l’écologie. Très cordialempent, alice