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Le luxe est-il compatible avec le développement durable ?

Le 15 novembre 2008 par Patrick Campion · 4 commentaires 

Lu sur novethic.fr le Média Expert du Développement Durable, avec nos remerciements.

” Dans une étude parue fin 2007, le WWF-UK cherchait à démontrer aux grandes marques internationales du luxe leur intérêt à adopter des stratégies socialement responsables. Quelques mois plus tard, la présentation du rapport à Singapour recevait un écho particulier, étant donné la place croissante du secteur du luxe en Asie.”

Qu’y a-t-il de commun entre l’industrie du haut de gamme et le tri des déchets ou le droit du travail ? Plus qu’il n’y paraît, si on veut en croire le WWF et son étude « Deeper Luxury ». Les performances dans le domaine sont pourtant médiocres selon le rapport de l’ONG. Sur les dix grands noms passés au crible par le WWF, pas un ne dépasse la note de C+ (soit 6/12). Trois des quatre groupes français évalués (L’Oréal, Hermès et LVMH) obtiennent la meilleure note, tandis que les groupes italiens Bulgari et Tods sont lanternes rouges du classement. L’évaluation est établie sur la base d’informations auto-déclaratives fournies à l’Ethical Investment Research Service (EIRIS) et d’environ 500 articles de presse. Certains efforts existent, accorde le WWF, mais ils se limitent pour l’essentiel à des opérations de philanthropie “paillettes”. Ce n’est pas l’avis du secteur de la joaillerie, qui s’étonnait après la parution de l’étude que le WWF ne mentionne aucune de ses collaborations passées avec Bulgari, Cartier, LVMH et Tiffany.

Bling Stuff 2
Creative Commons License photo credit: ArtWerk

Une responsabilité économique et morale

L’étude entreprend de convaincre les entreprises du luxe qu’elles ont de bonnes raisons d’intégrer le développement durable dans leurs stratégies. Le secteur, analyse le WWF, fait aujourd’hui face à une crise multiple: contrefaçons, mouvements anti-consommation, défis de l’expansion sur les marchés émergents, démocratisation de sa clientèle. Le rapport joue sur la corde sensible de la gestion du risque d’image : les clients les plus fortunés veulent de l’écologique et de l’éthique, assure le WWF. C’est même un “changement culturel fondamental” selon l’ONG. Le raisonnement peut cependant laisser sceptique : “s’il y avait véritablement demande de la part des consommateurs, les changements auraient déjà eu lieu” commente Stephen Frost de CSR-Asia.
L’ONG veut transformer les grandes marques du luxe en alliés pour le développement durable. Elles en ont les moyens: le commerce du luxe pèse aujourd’hui plus de 110 milliards d’euros. En tant que relais et promoteur de valeurs, la fonction des marques-cultes est “moins de répondre à la demande que de la créer et de l’influencer “. Alors pourquoi ne pas utiliser ce pouvoir d’influence pour la bonne cause? Les griffes occidentales pourraient ainsi influencer les consommateurs des marchés émergents à plus de responsabilité.

100€
Creative Commons License photo credit: lecanu mickael

La RSE est-elle un luxe?

L’étude de l’ONG se veut une invitation au dialogue avec les entreprises. Le style de l’exercice traduit l’ambiguïté de la démarche, oscillant entre un ton de censeur militant et celui de l’analyste neutre, voire du conseiller marketing. Les conclusions sont parfois surprenantes de la part d’une ONG, comme lorsque le WWF souffle aux entreprises que davantage de responsabilité sociale pourrait encourager les consommateurs chinois et indiens “connus pour leur propension à l’épargne” à “consommer plus de biens et produits de luxe”.
Ecologistes et militants des droits au travail restent de leur côté sceptiques sur la capacité d’une industrie associée à l’éphémère et à la consommation hédoniste à “prendre la tête” du mouvement de la responsabilité d’entreprise. On peut aussi s’inquiéter, comme le faisait une intervenante à Singapour, de voir la responsabilité d’entreprise associée à une expérience d’exception et amenée à justifier les marges du luxe, alors que la RSE est censée être une norme de conduite généralisée et accessible à toutes les entreprises.

Skyline at Night
Creative Commons License photo credit: buck82

Le luxe, une passion asiatique

Singapour constituait la première étape de la tournée promotionnelle du rapport du WWF en Asie, un continent clé pour l’industrie du luxe. Depuis les années soixante-dix, l’Asie est de plus en plus un lieu de production. Le rapport du WWF reste très succinct sur cet aspect, même s’il relève que “beaucoup de sociétés du luxe n’ont pas adopté de système de gestion pour le respect des droits fondamentaux du travail au sein de leurs propres sites de production”.
Le continent asiatique constitue aussi un formidable marché pour les produits de luxe américains et surtout européens. Aux rythmes de croissance actuels, le luxe a encore de beaux jours devant lui en Asie. Les pays du continent ne sont évidemment pas tous égaux face à la consommation de ces produits. Singapour est loin d’arriver à la cheville de Tokyo ou de Hong Kong en la matière. Les comportements des consommateurs singapouriens sont cependant symptomatiques d’un type de consommation asiatique : intense, décomplexé, gourmand de grandes marques de préférence européennes, et généralement libre de toute mauvaise conscience environnementale ou éthique.
Les motivations d’achat des clients des grandes marques oscillent entre l’ostentation du nouveau riche, qui peut aussi bien se satisfaire de contrefaçons pour assouvir son appétit du paraître, aux achats de conformisme social que l’on retrouve au Japon. Un marché « mûr », où 94% des jeunes femmes autour de 20 ans possèdent au moins un sac Louis Vuitton. »
Hélène Le Deunff à Singapour
© 2008 Novethic - Tous droits réservés

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Commentaires

4 commentaires

  1. Benjamin Thominet le 16 novembre 2008 à 11:14

    Tout dépend des domaines.
    Partir régulièrement en vacances au bout du monde est un luxe, qui en l’état actuel des choses est écologiquement désastreux, car on ne dispose pas de moyen de transport écologique pour les longs voyages. Tout comme rouler dans un énorme 4×4 qui bouffe des tonnes de gazoil!

    Par contre, il est tout à fait possible d’imaginer une industrie du luxe parfaitement durable et écolo. On dispose aujourd’hui de nombreuses technologies qui préservent largement mieux l’environnement que leurs équivalents “traditionnels”, mais qui sont peu diffusées car elles coutent cher et sont peu rentables. Or n’est ce pas un des principes de base du luxe: “faire les choses le mieux possible, sans se préoccuper de ‘rentabilité’… etre pret à en assumer le cout juste pour le plaisir de posséder ce qui se fait de mieux” (je parle de rentabilité pour le client final, bien sur, pas pour l’entreprise qui fabrique le produit, qui comme toute entreprise doit être rentable).

    quelques exemples:
    Les légumes bios sont chers? oui, mais ils sont plus sains, plus gouteux. Pour beaucoup, consommer bio est inenvisabgeable financierement, c’est donc bien un luxe.

    Rouler dans une voiture électrique, dont les batteries sont rechargées par des panneaux solaires que l’on pose sur le toit de sa maison? c’est super écolo, mais tres cher.. bien moins rentable qu’une bonne diesel? oui, mais c’est du confort (puissance, silence), et écolo…. se l’offrir sachant pertinemment que ca coutera plus cher qu’un choix plus ‘traditionnel’, c’est bien du luxe.

    S’acheter des meubles en bois exotique précieux et rare. Dans tous les cas, c’est un luxe. Est-ce écologiquement irresponsable?
    si le bois est issu de forets primaires qui sont simplement “pillées”, et les meubles réalisés par une main d’œuvre locale sur-exploitée et sous payée. C’est monstrueux…. le pire de ce que “l’industrie du luxe” peut faire
    Si ces bois sont issues d’exploitations convenablement gérées (fsc….) et que les employés locaux qui fabriquent ces meubles disposent de conditions de travail et de rémunération exemplaires, c’est à dire significativement meilleures que la moyenne de ce qui se pratique dans ces pays ; si en plus les meubles sont transportés par un moyen plus respectueux de l’environnement jusqu’au client au bout du monde (par exemple des cargos de nouvelle génération, équipés de turbovoile qui permettent d’économiser 30% de carburant). Dans ce cas, cet acte de consommation s’inscrit tout à fait dans une logique de développement durable (respectueuse de l’environnement et des problématiques sociale). Ca rendrait le meuble en question encore plus cher, mais gloableemnt encore meilleur ; c’est donc encore plus du luxe. Dans le luxe, seule l’excellence compte, pas le prix.

    Bref, dans le luxe comme dans tous les domaines, le meilleur peut cotoyer le pire. Et comme le luxe est le monde de tous les “excès”,c’est le meilleur du meilleur du développement durable qui peut y cottoyer le pire du pire.

    A l’industrie du luxe de se transformer pour ne garder que le meilleur!

  2. Benjamin Thominet le 17 novembre 2008 à 11:41

    j’ajouterais une chose, en résumé:

    Avoir beaucoup d’argent permet matériellement de consommer, et donc à priori de polluer, bien plus que la moyenne des autres habitants de son pays.

    Mais part contre, rien n’autorise MORALEMENT une personne, aussi riche soit-elle à polluer notablement plus que ses concitoyens (ou participer nettement plus que les autres à l’épuisement des ressources naturelles).

    Au contraire, compte tenu des nouveaux enjeux de développement durables, le fait d’être ‘riche’ devrait justement permettre de se comporter de manière plus “exemplaire” que les autres, puisque justement ces nouveaux produits et nouvelles pratiques écologiques coutent souvent plus cher que leur équivalent non durable, et ne sont donc souvent pas accessibles à M. tout le monde. d’une certaines façons, elles constituent un luxe (ce qui est bien regrettable, car il ne s’agit pas la du simple confort/plaisir de leur acquéreur mais d’un enjeu de société)

  3. Elodie le 19 novembre 2008 à 18:45

    Rien à rajouter, les commentaires de Benjamin Thominet sont vraiment clairs.
    Moi petite lycéenne ne fait vraiment pas le poid. Juste un com’ pour le fun. Car cet article est vraiment interressant.

  4. Nimbus le 26 décembre 2008 à 12:37

    pour paraphraser, jargoner et sloganer

    Le développement durable sera équitable
    … ou ne sera pas.
    Nimbus